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Russie-Le Français Laurent Vinatier placé en détention provisoire
information fournie par Reuters 07/06/2024 à 20:26

(Actualisé avec communiqué HD, déclarations Macron)

par Lucy Papachristou et Filipp Lebedev

Le Français Laurent Vinatier a plaidé coupable, vendredi devant un tribunal moscovite, de ne pas s'être inscrit comme "agent étranger" tout en recueillant des informations sur l'armée russe. Il a été placé en détention provisoire jusqu'au 5 août.

Le ressortissant français, arrêté jeudi, âgé de 47 ans, est arrivé menotté au tribunal et placé dans une cage aux barreaux métalliques réservée aux prévenus, montre une courte vidéo diffusée par les services judiciaires de Moscou. Il est passible d'une peine pouvant aller jusqu'à cinq ans de prison.

Selon des propos rapportés par l'agence de presse RIA, il s'est excusé devant la cour de ne pas s'être enregistré comme agent étranger et a assuré avoir essayé de défendre la Russie et ses intérêts dans son travail qu'il mène depuis dix ans.

Le Centre pour le dialogue humanitaire (HD), une organisation de gestion de conflit basée en Suisse, a confirmé jeudi que Laurent Vinatier, un chercheur, faisait partie de ses conseillers sur la Russie et l'Eurasie.

"HD fait tout son possible pour aider notre collègue Laurent, en gardant contact avec sa famille, en l'aidant à obtenir une représentation juridique en Russie et en contactant les autorités gouvernementales compétentes", a dit vendredi l'ONG dans un communiqué.

En vertu de la législation russe, toute personne recueillant des informations politiques ou militaires sur la Russie et bénéficiant d'une aide financière ou autre de l'étranger doit prendre contact avec le ministère de la Justice et s'enregistrer comme "agent étranger".

L'avocat de Laurent Vinatier, Alexeï Sinitsyne, a déclaré que le chercheur avait été en mesure de contacter l'ambassade de France à Moscou.

Le consul général de France dans la capitale russe, Patrice Servantie, a écrit une lettre au tribunal pour demander que le ressortissant ne soit pas placé en détention, requête rejetée par les juges, selon l'avocat.

"LA MÉTHODE DE LA RUSSIE EST D'INTIMIDER"

Le président français Emmanuel Macron a nié jeudi les accusations d'espionnage formulées à l'encontre du chercheur par les autorités russes, dénonçant une campagne d'"intoxication" de Moscou en parallèle à la guerre en Ukraine.

"Depuis le premier jour, la méthode de la Russie est d'intimider", a insisté Emmanuel Macron vendredi lors d'une conférence de presse à l'Elysée, au côté de son homologue ukrainien Volodimir Zelensky. Il a demandé à la Russie des "clarifications immédiates" et appelé à la "libération la plus rapide" du ressortissant français.

Plusieurs autres Occidentaux sont détenus en Russie : le journaliste américain du Wall Street Journal Evan Gershkovich, la journaliste russo-américaine Alsu Kurmasheva et l'ex-Marine Paul Whelan.

La législation russe sur les "agents étrangers" a été utilisée à maintes reprises ces dix dernières années pour museler ou discréditer des politiques, journalistes ou organisations opposés au Kremlin.

Des collègues de Laurent Vinatier, formé en France et spécialiste de la Russie, du Caucase et de l'Asie centrale, l'ont décrit comme un chercheur respecté et ont rejeté les allégations selon lesquelles il aurait été impliqué dans des activités d'espionnage en Russie.

"C'est un universitaire phénoménal qui a mené des recherches dans des conditions risquées pendant plus de 15 ans, notamment en Tchétchénie et en Biélorussie", a déclaré Jean-François Ratelle, professeur adjoint à l'Université d'Ottawa, qui connaît professionnellement Laurent Vinatier.

Selon Frédérique Longuet-Marx, anthropologue française qui a conseillé le chercheur pour sa thèse de doctorat sur la diaspora tchétchène, le chercheur a travaillé sur le rétablissement de la paix dans plusieurs pays de l'ex-Union soviétique et il est l'auteur de deux livres sur la Tchétchénie.

(Lucy Papachristou à Londrs avec la contribution de Filipp Lebedev et Gabriel Stargardter à Paris; version française Diana Mandiá et Jean-Stéphane Brosse, édité par Sophie Louet)

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